Parlez-en à votre pharmacien

novembre 19, 2020
Q:

J’ai entendu dire qu’il y aurait bientôt un vaccin contre la covid-19. Que pouvez-vous nous dire sur son état d’avancement et sur sa date de disponibilité?

A:

Les récentes avancées de la société pharmaceutique Pfizer dans la mise au point d’un vaccin actif contre la covid-19 laissent entrevoir des possibilités de bouleverser la donne, en effet. J’ai fait quelques recherches et j’ai trouvé des informations émanant de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) qui, j’espère, vous seront utiles. Pour l’heure, on dénombre plus de 100 candidats vaccins contre la covid-19 en cours d’élaboration et, à la date du 14 novembre 2020, l’OMS a dressé une liste de 17 vaccins potentiels contre la covid-19 qui sont en cours d’essais cliniques de phase 3 sur des sujets humains.

Ces vaccins potentiels utilisent différentes stratégies pour enseigner au système immunitaire comment bien identifier et bloquer le virus qui cause la covid-19. Certains mécanismes font appel à des formes non actives ou affaiblies du virus afin de ne pas provoquer la maladie, mais qui déclenchent une réponse immunitaire. Les vaccins à base de protéines utilisent, quant à eux, des fragments inoffensifs de protéines ou d’enveloppes protéiniques qui imitent le virus de la covid-19, de sorte à provoquer une réponse immunitaire. Les vaccins à vecteur viral utilisent un virus qui a été génétiquement modifié pour l’empêcher de provoquer la maladie, mais qui produit des protéines de coronavirus pour induire une réponse immunitaire en toute sécurité. Les vaccins ADN et ARN suivent une méthode inédite en employant de l’ADN ou de l’ARN génétiquement modifié pour générer une protéine qui déclenche par elle-même une réponse immunitaire en toute sécurité.

Parmi les vaccins ARN figure le vaccin à ARNm, mis au point par des scientifiques en collaboration avec Pfizer. Les chercheurs ont mené une étude en Allemagne et aux États-Unis (sur 155 sites) en utilisant un vaccin à base d’ARNm connu sous le nom de BNT162. Dans le cadre de cette étude, 43 998 personnes âgées de 12 à 85 ans, par ailleurs bien portantes mais atteintes de la covid-19, ont reçu deux injections intramusculaires du vaccin ou d’un placebo à 21 jours d’intervalle. Le recrutement des sujets devant recevoir le vaccin a débuté le 22 avril 2020. Pour l’heure, les résultats indiquent que le vaccin est efficace à 90 %, avec une faible incidence d’effets secondaires graves. Les patients seront suivis pendant deux ans après l’administration de la dernière dose du vaccin, soit jusqu’en décembre 2022.

Les premiers résultats que donne le vaccin BNT162 sont certes très prometteurs, mais il est important de rappeler que les conclusions définitives vont demander encore un peu de temps avant de tomber, car il reste des questions sans réponses. Nous voulons avoir la certitude qu’un vaccin administré à la population, quel qu’il soit, est en tous points sûr, que ses effets sur l’immunité sont durables et que son incidence en matière d’effets secondaires est faible. Et il ne faut pas oublier que le vaccin BNT162 doit être stocké à une température de -70 degrés Celsius. Maintenir la chaîne de froid entre le fabricant et le patient demandera une solide planification sur le plan logistique. Par ailleurs, le vaccin s’administre en deux temps. Au Canada, l’homologation suit une procédure extrêmement rigoureuse, encadrée par Santé Canada, en vertu de la Loi sur les aliments et drogues. Les données obtenues à la suite des essais cliniques réalisés sur des dizaines de milliers de sujets feront l’objet d’un examen très attentif par les scientifiques de Santé Canada; cette démarche a pour optique de confirmer l’absence de préoccupations majeures sur le plan sanitaire et de déterminer si le vaccin protège bien contre la maladie. Dans un contexte d’urgence sanitaire, comme c’est le cas actuellement avec la pandémie de covid-19, des autorisations spéciales sont nécessaires pour accélérer tous ces dispositifs et permettre la mise à disposition urgente d’un vaccin, dès que toutes les conditions de sécurité sanitaire sont réunies.

En août dernier, le Canada a acheté 20 millions de doses de ce vaccin à base d’ARNm à la société pharmaceutique Pfizer. Les autorités ont d’ores et déjà indiqué que le vaccin pourrait être disponible auprès du grand public début 2021. Plusieurs autres candidats vaccins sont également en lice pour pénétrer le marché canadien au cours des prochains mois.

Quand il sera possible de le faire, seront vaccinées en priorité contre la covid-19 les personnes les plus à risque. Les pharmaciens et d’autres professionnels de la santé collaboreront avec Santé publique pour vacciner, dans des conditions sanitaires optimales, nos concitoyens et nos concitoyennes contre la covid-19, ce qui représente un défi important.

Quoi qu’il en soit, toutes ces annonces nous redonnent espoir. « L’espoir naît dans les ténèbres. Cet espoir tenace qui nous fait vivre et nous pousse à faire ce qui est bien, dans l’attente d’une aube nouvelle. Attendre, observer, agir : ne pas abandonner. » – Anne Lamott [Traduction libre]

Kevin Duplisea (PharmD, BSc (Phm), CCRP) est pharmacien à la pharmacie Sharp’s Corner Drugstore à Sussex, au Nouveau-Brunswick. Ses opinions exprimées dans ce journal sont publiées à des fins éducatives et informatives uniquement, et ne sont pas destinées à constituer un diagnostic ou un traitement ou à remplacer un avis médical professionnel, un diagnostic ou un traitement. Envoyez vos questions à AskYourNBPharmacist@gmail.com.